Canicule : ne pas se faire de bile ...?!

Ne pas se faire de bile face à la canicule

Pierre Bienvault

Dans un « Traité de la canicule », en 1688, un médecin déconseillait de boire de l’eau pure. Et s’inquiétait de l’impact d’une « trop grande compagnie des femmes »sur la santé biliaire.
Agnès Buzyn est-elle trop alarmiste face aux dangers de la canicule ? Ceux qui sont de cet avis devraient sans doute lire les écrits du docteur Porchon. Ce médecin, dont le nom n’est pas spécialement passé à la postérité, a rédigé en 1688 un Traité de la canicule et des jours caniculaires (1). Bref, un ouvrage pleinement d’actualité. Et de nature à flanquer une trouille de première classe à tous les caniculo-sceptiques qui ne croient pas vraiment aux risques des très fortes chaleurs. « Dans l’été que domine la canicule, les hommes souffrent principalement de fièvres continues et ardentes, des fièvres tierces, des quartes, des vomissements, des flux de ventre, des chassies aux yeux, des douleurs aux oreilles, des ulcères dans la bouche, des pourritures des parties génitales et des sueurs », écrivait le docteur Porchon.
Sans s’arrêter là. La canicule, ajoutait-il, « échauffait, desséchait, augmentait et enflammait la bile ». Et les fièvres continues et ardentes pouvaient s’expliquer par une « bile brûlée » échauffée et abondante qui « rongeait le ventre ». En outre, il pouvait exister quelques facteurs extérieurs pouvant venir encore aggraver un peu ces problèmes hépatiques déjà, il faut en convenir, relativement sérieux. « Le vin pur, l’usage des aliments salés et acres, la trop grande compagnie des femmes, l’insomnie, les violentes passions de l’âme », détaillait le docteur Porchon. Pour les lecteurs qui ne sont pas encore partis s’enfermer dans un frigo ou un igloo de l’Antarctique, afin de préserver l’intégrité de leur santé biliaire, on continue un peu avec la prose du docteur Porchon. Parfois surprenante. Selon lui, en période caniculaire, il fallait rester assez prudent face à la consommation de la boisson pourtant, a priori, la plus immédiatement conseillée en la circonstance : l’eau pure. « Quoy que l’eau pure durant l’ardeur de la canicule soit désirée de tout le monde,puisqu’elle est seule capable de rafraîchir et d’éteindre la soif violente que souffrent principalement les gens de travail et les voyageurs qui la boivent avec avidité, je suis persuadé toutefois qu’à l’exception des jeunes gens bilieux et extraordinairement échauffés, on ne doit pas la boire pure, car elle refroidit l’estomach, produit des ventosités, empêche que la coction se fasse bien ».
Des réserves médicales qui, il faut le reconnaître, ne sont plus d’actualité en 2019. À notre connaissance, Agnès Buzyn n’a en effet jamais évoqué, du moins en public, d’éventuels problèmes de ventosités et de coction dans ses nombreuses déclarations visant à inviter la population à s’hydrater largement, en buvant encore et toujours. Quant au docteur Porchon, il ne conseillait pas pour autant aux soiffards de la canicule de se tourner vers l’alcool. Un vin généreux pouvant « augmenter la chaleur étrangère », il valait mieux le boire « trempé », soulignait-il.
Enfin, avec beaucoup d’à-propos, le docteur Porchon soulignait que tous les Français n’étaient pas égaux face aux dangers de la canicule. « S’il est facile aux puissants et aux riches de s’exercer modérément pour la conservation de leur santé, il est bien difficile aux pauvres de ne point travailler en excès. » Un constat qui, lui, pour le coup, à l’heure des bureaux climatisés et des chantiers de travaux publics en plein cagnard, reste encore très actuel.
(1) Comme le relatait le professeur Nicolas Postel-Vinay, dans un article de La Revue du praticien en 2004 dont sont tirées les citations ci-dessus.

Ou comment,  dans la touffeur du moment, découvrir ces savoureux conseils datant déjà, de plus de 300 ans...!
Yves