Un hôpital public, en 1975


Récit de la sortie :
A l'heure où nous applaudissons les services médicaux, étonnante cette description de l'hôpital public Beaujon à Clichy, par Lucien Bodard dans son roman "le fils du Consul" :

Une demi-heure après, je suis en effet à Beaujon : une immensité de crasse, un je-m'en-foutisme complet. L'indifférence désagréable du personnel, médecins, infirmières, filles de salle avachies, trainant la savate. L'atmosphère de la saleté, du renfermé, du désinfectant pesant, des odeurs pharmaceutiques lourdement accumulées, la rouille des êtres et des choses. Les malades comme de la matière première négligeable. Evidemment, les ascenseurs ne fonctionnent pas.

La salle où est mon père est immense. Un dépotoir de pauvres êtres sur des lits de fer. Ils sont là résignés, seuls, sans cri, ni bruit, sans que s'en occupent les filles de salle inabordables, absorbées à je ne sais quoi.
Là, pas d'urgence. Rien que des vieux et leurs bobos. Ces dames appellent mon père, "pépé", exactement comme elles s'adressent à tous les autres débris qui sont là.

Je fais appeler le médecin de service. Un jeune qui a l'air maussade, manifestement dérangé. Je lui demande : "Qu'à mon père , Il ne me semble pas qu'on l'ait examiné." De plus en plus désagréable, il me répond : "Que voulez-vous que je fasse, Il a évidemment le col du fémur cassé et, à son âge, on ne peut pas grand-chose. On le passera à la radio tout à l'heure."

Heureusement, c'était en 1975, une éternité ! Il semble qu'il y a eu beaucoup de progrès depuis !!!